by Elthon Rivera CruzDecember 15, 2025
En avril 2018, un groupe de manifestants, y compris des personnes âgées, ont été agressés par des forces de choc adeptes du gouvernement nicaraguayen. Il s’agissait de civils armés avec la liberté de réprimer, même en présence des forces de police. La manifestation non-violente avait pour but de rejeter les réformes du système de retraite de l’Institut nicaraguayen de la sécurité sociale (INSS). La répression a fait des centaines de morts, des prisonniers politiques, des exilés, des estropiés et des étudiants expulsés des universités. Cet événement a déclenché le soulèvement populaire dans tout le pays.
Les étudiants représentent l’une des populations les plus importantes du pays. Ils organisent depuis longtemps des manifestations contre le régime, en exigeant la cessation de la violence contre la population et la société civile. Les actions menées par la jeunesse nicaraguayenne ont pour but de s'opposer aux piliers de la corruption qui se trouvent dans différents domaines du système politique. Bien que peu de résultats aient été obtenus en raison des circonstances répressives, ces groupes jouissent d’une crédibilité dans la société. Ils sont reconnus comme des acteurs qui luttent pour un changement positif au Nicaragua.
La corruption ne concerne pas seulement l’utilisation abusive des ressources publiques. Il s’agit, dans une perspective plus large, de comportements non éthiques dans différents espaces de la vie sociale (publique ou privée). Selon l’Institut interaméricain des droits de l’Homme, la corruption est l’abus autoritaire du pouvoir, jusqu’à son exercice tyrannique. Cela implique, par exemple, l’enrichissement illégal ou illégitime des hommes politiques ou, plus généralement, des autorités, ou le soutien illégal ou illégitime aux causes ou organisations auxquelles ils sont intégrés, même s’ils ne bénéficient pas personnellement. Le fait est que, dans des contextes autoritaires, l’abus de pouvoir ouvre diverses possibilités de commettre des actes de corruption.
Pour cette raison, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays (avec l’appui des exilé/es), des campagnes de dénonciation ont été menées : participation à l’audience publique de la 177e session de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (2020); propositions de politiques publiques ; rédaction de rapports tels que le Rapport élargi sur les violations des droits de l’Homme des étudiants expulsés des universités ; et l’encouragement de processus de mémoire (Livre blanc) mettant en évidence les cas de corruption et de violation des droits de l’Homme d’un État totalitaire. Les mouvements étudiants ont également dénoncé la cooptation des établissements d’enseignement publics par le parti au pouvoir pour instrumentaliser l’éducation à des fins partisanes.
Les étudiants ont mené diverses formes de résistance non-violente dans leur lutte : marches, sit-in, grèves, satire, lettres ouvertes, dénonciations publiques et, surtout, campagnes numériques. L’une des actions les plus représentatives a eu lieu au début de 2018 : les marches. Celles-ci ont généré un grand soutien populaire. Mais lorsque le régime a empêché ces manifestations non-violentes, les groupes d’étudiants ont mis en place des sit-in et des piquets de grève qui, bien que moins nombreux, ont attiré l’attention des médias. Ce type d’action a été relativement moins dangereux et le nombre d’étudiants arrêtés ou affectés a diminué.
Malgré la violence exercée par l’État, ces actions ont permis le positionnement international sur la problématique actuelle au Nicaragua. Il y a eu des déclarations et des condamnations contre le régime et des sanctions internationales contre des fonctionnaires du régime. Cela montre que la lutte non-violente a eu des effets substantiels, c’est une preuve que la population nicaraguayenne refuse de tomber sur un terrain de guerre.
Plusieurs étudiants ont été reconnus au niveau international pour leur activisme. Amaya Coppens, étudiante en médecine expulsée de l’université et emprisonnée à plusieurs reprises, a été lauréate du Prix international du courage féminin décerné par le Département d’État des États-Unis. Une militante étudiante et défenseuse des droits LGBTIQ+, Victoria Obando, a reçu le prix Tulipe pour la défense des droits de l’homme décerné par le Royaume des Pays-Bas. Levis Rugama, également victime d’emprisonnement politique et d’expulsion universitaire, a reçu le Prix Jeune de la Paix (Bolivie). Alejandra Centeno, également militante et expulsée de l’université, a obtenu en Espagne le prix Alpha Sigma Nu décerné par les universités jésuites. La Fédération des Étudiants de l’Université du Costa Rica a décerné une reconnaissance au leadership et au parcours dans la promotion des Droits, du jeune militant Enrique Martinez.
La lutte contre la corruption est donc devenue une raison d'être des mouvements étudiants dans ce pays. Cependant, ces groupes n’ont pas été épargnés par les critiques. Ils ont bien pris ces questionnements en compte, pratique necéssaire pour l'amélioration de leur reconnaissance et leur efficacité. Les mouvements étudiants deviennent de véritables atouts dans l'opposition aux systèmes corrompus et autoritaires--au Nicaragua et partout dans le monde.
This article was first published by FLASCO
Elthon Rivera Cruz est un activiste et défenseur des droits humains en matière d’étudiants, de liberté académique et d’autonomie universitaire au Nicaragua.
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